Des signes de faiblesse derrière la nouvelle baisse du chômage

Des signes de faiblesse derrière la nouvelle baisse du chômage

14 juillet 2026

Le portrait de l’emploi continue de s’améliorer petit à petit, mais cache de multiples signes de faiblesses dont l’augmentation du nombre de travailleurs à temps partiel.

L’emploi a peu varié au Canada en juin (+18 000 emplois), après le gain de 88 000 emplois au mois de mai, a indiqué vendredi Statistique Canada. Cela a contribué à faire légèrement baisser le taux de chômage pour un deuxième mois consécutif, de 6,6 % à 6,5 %, permettant un retour à ce qu’il était au début de l’année et marquant un recul par rapport à ce qu’il était il y a 12 mois (6,9 %).

C’est au Québec que la création de nouveaux emplois a été la plus importante le mois dernier (+14 000), ce qui a permis d’y réduire le taux de chômage de 5,6 % à 5,4 % (comparativement à 6,2 % il y a 12 mois).

Particulièrement touchés par le ralentissement économique et le climat d’incertitude, les jeunes Québécois de 15 à 24 ans ont vu leur taux de chômage légèrement augmenter en juin, passant de 8,1 % à 8,2 %, mais se portent beaucoup mieux qu’à pareille date l’an dernier, alors que ce taux s’élevait à 11,4 %. On fait le même constat pour les jeunes en quête d’un emploi d’été avant leur retour aux études à temps plein cet automne, avec un taux de chômage de 10,5 % le mois dernier, comparativement à 14,4 % en juin 2025.

Tous ces derniers gains n’ont toutefois effacé qu’une partie des pertes essuyées depuis le début de l’année : le Québec compte toujours près de 60 000 emplois de moins que durant cette période, a souligné vendredi l’économiste au Mouvement Desjardins Sonny Scarfone, les pertes venant presque toutes du côté des emplois à temps plein.

Ces pertes d’emplois se concentrent depuis des mois dans le secteur manufacturier, directement visé par les tarifs douaniers américains, mais s’observent aussi dans ceux de la construction et des soins de santé. À l’inverse, les services d’hébergement et de restauration ont gagné de nouveaux travailleurs.

Travailleurs à temps partiel involontaires

Toutes ces tendances sont le signe d’une économie québécoise qui reste faible, a observé l’Institut du Québec (IdQ) dans une brève analyse. Lorsque les employeurs réduisent les quarts de travail et mettent sur pause les nouvelles embauches, des travailleurs sont forcés d’accepter des emplois à temps partiel.

L’augmentation du nombre de travailleurs qui disent occuper un emploi à temps partiel par choix ou par obligation (maladie, responsabilités familiales, préférence personnelle…) est probablement en partie attribuable au fait que la population se fait vieillissante et que la main-d’œuvre plus âgée préfère cette formule, a fait valoir Sonny Scarfone.

Mais l’augmentation du nombre de travailleurs au Québec qui disent avoir accepté un travail à temps partiel parce que le contexte économique ne leur offrait pas d’autres options a été de même ampleur, souligne l’IdQ.

La hausse a été plus prononcée encore chez ceux, tous âges confondus, qui disent travailler à temps partiel parce qu’ils poursuivent des études en même temps. Ce phénomène est surprenant quand on sait que la population de jeunes diminue au Québec, notamment en raison de la baisse du nombre d’étudiants internationaux, note l’IdQ. « Une explication possible est que certains finissants, incapables de dénicher un poste à temps plein dans leur domaine d’études, choisissent de poursuivre leurs études en attendant que les perspectives d’emploi s’améliorent. »

Pas de changement en vue à la Banque du Canada

Ces nouveaux chiffres sur l’emploi mi-figue mi-raisin devraient conforter la Banque du Canada dans son choix de laisser encore ses taux d’intérêt inchangés, ont estimé plusieurs analystes vendredi. La banque centrale canadienne doit décider, mercredi prochain, si elle modifiera le niveau de son taux directeur, qu’elle a laissé à 2,25 % depuis le début de l’automne. Elle présentera par la même occasion une mise à jour de son portrait d’ensemble de l’économie canadienne.

Source : Le Devoir, 10 juillet 2026. Lien : https://www.ledevoir.com/economie/994010/taux-chomage-emploi-canada-quebec-juin